Comment choisir un gant de protection contre les risques de coupure

On choisit un gant après avoir identifié le risque, jamais avant. L'achat part pourtant souvent dans l'autre sens, d'un modèle déjà présent au magasin, reconduit d'une commande à l'autre parce que personne ne s'est plaint. Le marquage imprimé sur la manchette existe précisément pour éviter cela. Il résume en quelques caractères ce que le gant a subi en laboratoire, et sa lecture prend une minute.
Six résistances différentes figurent dans le marquage EN 388
La norme NF EN 388 définit six critères de performance, et chacun occupe une position fixe. L'abrasion vient en premier, notée de 1 à 4. Le tranchage suit, noté de 1 à 5. Viennent ensuite la déchirure et la perforation, notées de 1 à 4 chacune. En cinquième vient la résistance à la coupure, sur une échelle de lettres allant de A à F. En sixième, facultative, la résistance aux chocs, notée P ou laissée vide.
Derrière chaque position se trouve un essai distinct. L'abrasion se mesure par frottement contre un papier abrasif, la déchirure par la force nécessaire pour prolonger une amorce, la perforation par un stylet poussé à travers la paume. La coupure se mesure par le passage d'une lame sur l'échantillon, et c'est cet essai que la lettre finale résume.
Un gant peut donc très bien résister à la pointe d'une agrafe et céder devant un bord de tôle. L'ordre ne change jamais d'un fabricant à l'autre. On compare donc deux références en alignant les deux marquages. Encore faut-il savoir laquelle des six positions regarder. Un gant noté 4 en abrasion et B en coupure n'est ni meilleur ni moins bon qu'un gant noté 2 et F : les deux répondent à des postes différents.
La résistance à la coupure se lit sur une échelle de lettres
Découpe, manutention de tôle, manipulation de verre, tri de déchets : la cinquième position concerne d'abord ces postes. Elle va de A à F, A correspondant au niveau le plus faible et F au plus élevé.
Vérifiez le niveau annoncé sur la fiche technique, pas sur le pictogramme imprimé sur la manchette. Une page comme nos gants de protection indique le résultat obtenu référence par référence, là où le pictogramme donne la note sans la matière ni le protocole. La nuance a son importance au moment de justifier un choix devant un préventeur ou devant le salarié qui porte le gant toute la journée.
Le bon gant se choisit en fonction de la tâche, pas du niveau le plus élevé
L'OPPBTP subordonne le choix à l'évaluation des risques et au contexte du chantier : durée de l'exposition, dextérité requise, température ambiante, état de surface. L'organisme donne ensuite des correspondances concrètes. Un polyamide enduit nitrile convient à la manipulation de tôles, le cuir à l'asphalte, le polyuréthane aux travaux où la coupure domine.
Deux paramètres passent souvent à la trappe. Le premier est la température du matériau manipulé : un classement contre la coupure ne dit rien de la tenue à la chaleur, qui relève d'une autre norme. Le second est l'humidité. Une paume enduite qui adhère parfaitement à une pièce sèche glisse sur une pièce huilée, et le salarié serre alors plus fort. La main fatigue, et le risque augmente au lieu de reculer.
Monter d'un cran en coupure coûte presque toujours quelque chose ailleurs. Un fil renforcé épaissit la paume, et cette épaisseur se paie d'une perte de sensation au bout des doigts. Sur un poste où l'on alterne découpe et vissage, un gant classé F se retire dix fois dans la journée, ce qui laisse la main nue pendant les gestes les plus fins. Un gant de niveau intermédiaire gardé en permanence protège davantage qu'un gant de niveau maximal retiré à chaque manipulation délicate.
Un gant retiré ne protège plus.
Un gant mal ajusté finit dans la poche avant midi
L'INRS insiste sur le même point : un gant doit être ajusté à la main de l'opérateur. Un gant trop serré gêne les mouvements, un gant trop court laisse le poignet sans protection. L'institut ajoute que l'examen du poste justifie parfois de fournir des gants avec manchettes.
Pour un acheteur, la conséquence tient en deux lignes. Une commande passée en taille unique revient à équiper la moitié de l'équipe.
Faites essayer trois tailles avant de valider, et prévoyez les petites tailles comme les grandes dans le même lot, sans quoi les salariés concernés se débrouilleront autrement.
Choisissez la longueur de manchette d'après le geste, et non d'après ce qui reste en stock. Un opérateur qui plonge l'avant-bras dans un bac de pièces a besoin d'une manchette longue ; un opérateur qui travaille au-dessus d'une machine tournante a besoin de l'inverse, une manchette courte qui ne peut pas être happée. Les deux postes existent parfois dans le même atelier, à trois mètres l'un de l'autre. Si vous équipez les deux avec la même référence, vous aurez tort quelque part, et vous ne saurez pas où avant l'incident.
Le contrôle avant usage revient à celui qui porte le gant
Un gant s'use sans prévenir, et les signaux se repèrent sans outil : changement de couleur, craquelures, odeur inhabituelle. L'INRS rappelle qu'il faut vérifier l'état des gants avant de les utiliser. Le tour se fait en trente secondes, à condition que le geste ait été montré une fois.
Reste le stockage, qui mérite la même attention. Une paire laissée sur un établi ramasse la poussière du poste voisin et la ramène ensuite à l'intérieur du gant, contre la peau. Il suffit d'un casier fermé par salarié, pour le prix d'une étagère.


