
Boris Cherny, ingénieur chez Anthropic, a cessé d'écrire du code depuis novembre 2025. Depuis cette date, chaque ligne de code qu'il soumet est entièrement générée par Claude, l'IA qu'il a conçue. Il ne s'agit pas de simples ébauches retouchées ou d'une édition manuelle : Claude Code opère de manière totalement autonome, sans intervention humaine, depuis plus de deux mois.
Ce phénomène ne se limite pas à un simple laboratoire de démonstration. Dans les murs d'Anthropic, l'un des leaders mondiaux en matière de modèles d'intelligence artificielle, les développeurs ne se consacrent plus à l'écriture de code pour leurs produits. La déclaration de Cherny sur le réseau social X, en réponse à un post du chercheur en IA Andrej Karpathy, a suscité l'intérêt de nombreux médias, notamment Fortune.
« J'ai soumis 22 pull requests hier et 27 la veille, chacune écrite à 100 % par Claude », a-t-il révélé. Ce chiffre a résonné dans l'ensemble du secteur.
Claude Code se distingue des outils d'autocomplétion classiques comme GitHub Copilot ou Tabnine, qui agissent comme des aides pour les développeurs. Contrairement à ces assistants, Claude Code fonctionne à un niveau d'abstraction supérieur. Il est capable de passer en revue l'intégralité du code, de planifier des modifications sur plusieurs fichiers, d'exécuter des tests et de corriger les erreurs sans demande spécifique de l'utilisateur.
Le rôle du développeur a considérablement évolué. Au lieu de guider chaque étape du processus, il définit les objectifs et examine les résultats, tandis que Claude Code effectue le travail technique.
Le lancement de Claude Code en février 2025 a marqué le début d'une évolution rapide. À l'époque, l'IA écrivait 20 % du code, puis ce chiffre a grimpé à 30 % en mai, pour atteindre 100 % en novembre. En neuf mois, l'outil est passé du statut de copilote à celui de pilote.
La productivité des ingénieurs chez Anthropic a augmenté de 150 % depuis l'introduction de Claude Code, mesurée par le nombre de pull requests et de commits. Bien que l'équipe ait doublé de taille, la productivité par ingénieur a continué à croître de 70 % au-delà de cela. Pour comprendre l'ampleur de cette progression, il convient de rappeler que Boris Cherny était auparavant responsable de la qualité du code chez Meta, où même un gain de 2 % représentait un an de travail pour des centaines d'ingénieurs.
Le 27 décembre 2025, Cherny a annoncé : « Au cours des trente derniers jours, 100 % de mes contributions à Claude Code ont été écrites par Claude Code. » Il a enregistré 259 pull requests, 497 commits, 40 000 lignes de code ajoutées, et 1,3 million de vues. En janvier 2026, il a confirmé que cette tendance se poursuivait. À l'échelle de l'entreprise, il estime que presque 100 % du code est généré par l'IA, bien qu'un porte-parole d'Anthropic ait précisé que cette proportion se situe entre 70 % et 90 %.
La question qui se pose naturellement est : que deviennent les ingénieurs si Claude Code écrit tout le code ? Chez Anthropic, ils se concentrent sur l'architecture, la réflexion produit et la gestion de plusieurs agents en parallèle. Cherny décrit cette évolution comme une libération, permettant aux ingénieurs de se concentrer sur la conception plutôt que sur la routine.
Cependant, cette transformation a également un impact sur le recrutement. Cherny indique que son équipe privilégie désormais les généralistes plutôt que les spécialistes, car de nombreuses compétences techniques traditionnelles deviennent moins pertinentes lorsque l'IA s'occupe des détails d'implémentation.
Malgré ces avancées, des défis subsistent. En mars 2026, une fuite accidentelle du code source de Claude Code a révélé que certaines de ses productions comportaient des bugs connus. Par exemple, une fonction de 3 167 lignes contenait des problèmes susceptibles de brûler 250 000 appels API par jour. Ce contraste entre rapidité et dette technique soulève des questions sur la qualité du code généré.
D'autre part, les utilisateurs semblent accorder de plus en plus d'autonomie à Claude Code au fur et à mesure qu'ils se familiarisent avec l'outil. Les nouveaux utilisateurs activent le mode d'approbation automatique dans environ 20 % des cas, tandis que ce chiffre dépasse 40 % après 750 sessions. Cela suggère une confiance croissante envers l'IA, bien qu'elle ne s'installe pas sans résistance.
Aujourd'hui, Claude Code représente 4 % de l'ensemble des commits publics de code dans le monde. Bien que ce chiffre puisse sembler modeste, il n'était pas présent il y a un an. Cherny prévoit qu'il atteindra 20 % d'ici la fin de 2026. Ce qui se passe chez Anthropic représente non pas l'avenir du développement logiciel, mais son présent le plus avancé, avec toutes les contradictions que cela implique : une productivité sans précédent couplée à des résultats parfois discutables.
Alors que l'IA continue de redéfinir le paysage de la programmation, il est essentiel de peser les bénéfices et les défis qu'elle entraîne. Le cas d'Anthropic offre un aperçu fascinant des capacités futures de l'intelligence artificielle dans le développement logiciel.