Pluribus : Une apocalypse douce qui redéfinit la science-fiction

La dernière création de Vince Gilligan
Pluribus, la nouvelle série d'Apple TV+ créée par Vince Gilligan, nous invite à réfléchir sur la disparition du conflit, traditionnellement considéré comme essentiel à la cohésion humaine. Cette œuvre cérébrale et perturbante s'avère plus troublante dans ses silences que dans ses effets visuels. Dans un monde où un virus venu de l'espace a éradiqué toute forme de négativité, nous découvrons une réalité où les sourires sont figés et où la Terre semble enfin apaisée. Pourtant, une femme refuse cette tranquillité.
Un récit dérangeant
Dans Pluribus, une autrice à succès, interprétée par Rhea Seehorn, lutte seule contre une pandémie qui a balayé la tristesse, le doute et le conflit. Loin des catastrophes bruyantes et des villes en ruine, cette apocalypse calme crée un climat dérangeant où l'uniformité remplace la liberté. Vince Gilligan, connu pour son travail sur Breaking Bad, explore ici un territoire plus philosophique que technologique, naviguant entre le conte dystopique et la satire existentielle.
Une transformation silencieuse
Au lieu de détruire des gratte-ciels, Pluribus dissout les volontés individuelles. L'histoire débute par un incident discret mais profondément transformateur : un code génétique extraterrestre se propage accidentellement, modifiant la psyché humaine de manière radicale. La violence disparaît, les tensions s'effacent et les individus deviennent calmes et généreux, créant une illusion d'harmonie. Cependant, ce bonheur obligatoire engendre un malaise diffus, comme le souligne Télérama, qui évoque une "fusion des consciences individuelles" au profit d'une bienveillance presque étouffante.
Un renversement des repères classiques
La série opère un renversement saisissant des conventions de la science-fiction. Ici, il n’y a ni résistance militaire ni révolte sanglante. Seule Carol Sturka, l’écrivaine cynique et solitaire, semble immunisée contre cette harmonie imposée. Son aversion pour le bonheur forcé devient le point d'ancrage de cette narration. Dans les premiers épisodes, sa solitude est perçue comme une anomalie dans une humanité devenue homogène, et la menace ne provient plus d'un monstre, mais de l'harmonie elle-même.
Une utopie qui tourne au cauchemar
Carol rejette cet état de grâce collectif, qu'elle perçoit comme une forme de tyrannie douce. L'utopie se transforme alors en cauchemar, non pas à cause d'une accumulation de malheurs, mais par excès d'euphorie. Son combat personnel devient une allégorie du refus de se conformer à une norme, même bienveillante. Cette dynamique est soulignée dans une analyse de La Presse, qui met en lumière une inversion provocante : une société pacifiée se transforme en un système de contrôle absolu.
Le paradoxe du bonheur imposé
La tension dramatique repose sur un paradoxe constant : la contagion qui a métamorphosé la planète n'inflige de mal à personne, mais elle dépouille chacun de sa complexité émotionnelle. Ce bonheur obligatoire agit comme un antivirus moral, purifiant les esprits au détriment de la pensée critique. Dans un épisode marquant, Carol rencontre d'autres survivants. Leurs réactions contrastent avec la sienne : certains s'accommodent de cette nouvelle réalité, d'autres y voient une opportunité. Mais pour Carol, son combat solitaire devient une critique du conformisme, comme le souligne Radio France, où le bonheur se transforme en contrainte sociale.
Une esthétique troublante
Vince Gilligan ne cherche pas à éblouir. Il installe le malaise par le détail, la mise en scène, et le silence. L'univers visuel de Pluribus, décrit par Numerama, regorge de plans statiques, de symétries étranges, et d'objets du quotidien détournés. L'étrangeté surgit sans musique dramatique ni explosion. Un supermarché vide, un regard trop insistant, un reflet dans un miroir suffisent à créer un sentiment d'inconfort.
Une œuvre qui interroge
La série, avec son récit fragmenté et délibérément lent, dérange autant qu'elle fascine. Comme l'écrit Le Devoir, elle préfère interroger plutôt que répondre, oscillant entre réflexion sociétale, satire douce, et fable métaphysique. Plutôt que de bâtir un univers nouveau, Pluribus déforme le nôtre. Les repères restent familiers, mais une dissonance palpable se ressent dans chaque scène.
Une série de crise
Acceptant cette étrangeté, Pluribus devient un laboratoire narratif. Selon le philosophe Tristan Garcia, interrogé par Télérama, elle représente une "série de crise" qui questionne tant le fond que la forme, rompt avec la logique industrielle du marché sériel actuel, et s'oppose aux récits formatés. Loin des rebondissements prévisibles, Pluribus propose un vertige lent, dérangeant, et peut-être inconfortable. Cependant, c’est cette dissonance qui lui confère sa valeur.
Dans un paysage saturé de récits formatés, cette série pose une hypothèse : et si la fiction servait aussi à perturber, pas seulement à divertir ?
Conclusion
En somme, Pluribus bouscule les attentes et invite à une réflexion profonde sur la nature du bonheur et de la liberté individuelle dans un monde où la conformité semble être devenue la norme.

David Lee
Créateur de Contenu chez Sigal Industries.


