One Health : Une approche intégrée pour une santé durable et globale

Une nécessité d'agir ensemble
La pandémie de Covid-19 a révélé l'urgence de repenser notre approche de la santé. Aujourd'hui, le concept de « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, est devenu incontournable dans les discussions sur la santé publique. Cependant, ce terme est parfois flou et peut être détourné de son sens initial. S'il est correctement mis en œuvre, il constitue une approche éprouvée pour renforcer la prévention sanitaire à l'échelle mondiale.
Les défis contemporains
Nous sommes confrontés à de nombreux défis : pandémies, résistance antimicrobienne, maladies vectorielles, effondrement de la biodiversité, dégradation des sols, pollution chimique, crises alimentaires... Ces enjeux sont intimement liés à notre santé collective. Face à la multiplication des crises, le concept de « One Health » est devenu central pour les analyser et y répondre.
Les fondements de l'approche One Health
Les bases de « One Health » ont été posées par les principes de Manhattan en 2004 lors de la conférence « One World, One Health » organisée par la Wildlife Conservation Society. Ces principes reconnaissent l'interdépendance entre la santé humaine, animale et celle des écosystèmes, et encouragent une approche intégrée pour prévenir les crises sanitaires, environnementales et sociales. Cette vision invite à repenser nos modes de production, de consommation et de gouvernance.
Préserver les socioécosystèmes
Le principal enjeu est de préserver durablement les socioécosystèmes et les communautés qui en dépendent. Malgré l'intérêt croissant pour le One Health, son utilisation en recherche et ses applications restent souvent floues. Trop souvent, il est réduit à un slogan politique ou à une gestion biomédicale des zoonoses, sans tenir compte des facteurs écologiques, sociaux et économiques qui conditionnent la santé globale.
Des initiatives concrètes
Depuis plus de vingt ans, des initiatives scientifiques se développent pour mettre en œuvre concrètement l'approche « One Health ». Au Cirad, des travaux sur les maladies animales émergentes, les interfaces faune-élevage-humains et les systèmes agricoles tropicaux ont mis en évidence les liens étroits entre santé, biodiversité et usage des territoires. Nos recherches intègrent progressivement les dimensions environnementales, sociales et alimentaires.
Passer de la gestion à la prévention
L'enjeu est de passer d'une logique de gestion des crises à une approche de prévention des risques d'émergence. En 2021, une coalition internationale appelée PREZODE a été créée pour mener des opérations de prévention basées sur l'approche One Health, intervenant en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes pour comprendre et détecter les risques sanitaires précocement, afin d'éviter les épidémies.
Études de cas et résultats
- En Guinée : Les équipes de PREZODE ont observé que les pratiques agricoles intensives affectant les ressources forestières favorisent l'intensification des contacts humains-faune, augmentant les risques de transmission de maladies zoonotiques telles que les fièvres hémorragiques (Ebola, Lassa, Marburg).
- À Madagascar : Des scientifiques du Cirad, en partenariat avec l'ONG Pivot et l'IRD, ont développé une méthode de surveillance intégrée des risques sanitaires, combinant données vétérinaires, humaines et environnementales pour anticiper les épidémies émergentes.
- Au Gabon : Un système de surveillance communautaire a été mis en place pour détecter rapidement les événements sanitaires suspects, en collaboration avec le CIRMF.
- En Asie du Sud-Est : Les actions s'inscrivent dans une approche agroécologique visant à améliorer la résilience des systèmes alimentaires locaux tout en réduisant les pressions sur les écosystèmes.
Les obstacles à surmonter
Malgré ces avancées, de nombreux obstacles subsistent. La fragmentation institutionnelle demeure l'un des plus grands défis. Les secteurs de la santé, de l'agriculture et de l'environnement manquent de communication, ce qui freine une gouvernance efficace. De plus, les projets One Health sont souvent financés à court terme, ce qui alimente le flou autour du concept et n'encourage pas son appropriation par les pays qui en ont le plus besoin.
L'importance des données
L'accès rapide à des données locales et nationales est essentiel pour renforcer la surveillance et la prévention des maladies zoonotiques. Cela nécessite de solides infrastructures de données partagées entre les secteurs concernés et le développement d'outils de modélisation prédictive pertinents.
Vers une approche durable
Le risque d'un « One Health washing » existe, avec de nombreux projets utilisant le terme sans véritable intégration des données humaines, animales et environnementales. Néanmoins, ces initiatives peuvent renforcer des approches plus intégrées de la santé.
Clarification et engagement
Clarifier les fondements et modalités d'application du One Health est essentiel, comme le propose l'Atlas One Health, qui vise à articuler santé humaine, animale et des écosystèmes à travers des études de cas et des outils issus du terrain.
Intégration sociale et financement
Un défi important est d'intégrer la dimension sociale et de genre pour garantir des solutions inclusives et efficaces. Le financement de la prévention One Health doit être considéré comme un investissement stratégique et non comme un coût, car les approches préventives sont largement plus rentables.
Conclusion
Anticiper les crises nécessite de repenser nos systèmes. Une approche One Health transformante demande un engagement politique durable, de la coopération internationale et une volonté d'intégrer les dimensions sociales et écologiques dans la gestion des risques sanitaires. Ce travail de longue haleine est déjà en marche et sera porté lors des événements organisés par PREZODE au Sommet One Health à Lyon le 7 avril 2026, sous la présidence française du G7.
Marisa Peyre, Responsable adjointe de l'unité de recherche ASTRE, épidémiologiste, Cirad
François Roger, Directeur régional Asie du Sud-Est, vétérinaire et épidémiologiste, Cirad
Article republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

David Lee
Créateur de Contenu chez Sigal Industries.


