Moins de pollution, mais une augmentation du méthane : le paradoxe inattendu du confinement révélé par la science

Une expérience planétaire inédite
Les confinements liés à la pandémie de Covid-19 ont offert aux scientifiques du climat une occasion unique d'observer les effets d'une réduction rapide de l'activité humaine sur l'environnement. Grâce à une combinaison d'observations satellite, de réseaux de mesures au sol et de modèles climatiques, les chercheurs ont pu analyser comment ces changements ont affecté l'équilibre des gaz à effet de serre à l'échelle mondiale.
Un printemps 2020 prometteur
Au printemps 2020, des images de villes désertées et de ciels dégagés ont suscité l'idée d'une pause bénéfique pour le climat. Les émissions de dioxyde de carbone ont effectivement connu une baisse significative durant les premiers mois de la pandémie. Cependant, derrière cette accalmie apparente, un autre phénomène inquiétant s'est manifesté.
La montée du méthane : un gaz redoutable
Le méthane, bien que moins visible, est un gaz à effet de serre beaucoup plus efficace pour piéger la chaleur. Depuis le début des mesures modernes dans les années 1980, sa concentration dans l'atmosphère a atteint des niveaux sans précédent. Contrairement aux attentes, l'augmentation des niveaux de méthane durant la pandémie ne résulte pas d'une explosion des émissions humaines, mais d'un affaiblissement temporaire du mécanisme naturel qui élimine ce gaz de l'atmosphère.
Le rôle des radicaux hydroxyles
Normalement, le méthane est dégradé par des radicaux hydroxyles, des molécules très réactives générées par des réactions chimiques impliquant la lumière solaire et certains polluants issus de la combustion. Les confinements ont entraîné une réduction du trafic routier, aérien et industriel, ce qui a conduit à une baisse des émissions d'oxydes d'azote. Or, ces polluants jouent un rôle clé dans la formation des radicaux hydroxyles. Ainsi, une diminution des polluants a entraîné une réduction de la capacité de nettoyage de l'atmosphère.
Une étude révélatrice
Selon une étude publiée début février 2026 dans la revue Science, cette baisse de l'oxydation explique environ quatre cinquièmes des variations annuelles observées dans l'accumulation de méthane en début de décennie. Les chercheurs, relayés par Smithsonian Magazine, ont reconstitué ce phénomène en regroupant des mesures au sol du réseau de la National Oceanic and Atmospheric Administration, des observations satellitaires japonaises GOSAT, ainsi que plusieurs modèles atmosphériques indépendants.
Un phénomène global
Cette convergence de données montre que le ralentissement des activités humaines a, paradoxalement, prolongé la durée de vie du méthane déjà présent dans l'air. Parallèlement à ce frein chimique, une autre dynamique s'est développée loin des centres urbains. Les premières années de la décennie ont coïncidé avec un épisode prolongé de La Niña, qui a entraîné des précipitations plus abondantes dans de nombreuses régions tropicales.
Les zones humides et la production de méthane
Les sols saturés d'eau et l'expansion des zones inondées ont créé des conditions idéales pour les micro-organismes producteurs de méthane. Des analyses menées par une équipe internationale dirigée par Philippe Ciais ont révélé que les zones humides d'Afrique tropicale et d'Asie du Sud-Est étaient les principales contributrices à l'augmentation des émissions naturelles entre 2019 et 2022. De plus, les eaux intérieures, les lacs et les rizières ont renforcé ce signal.
Origine microbienne de la hausse
Les signatures isotopiques du méthane observées dans l'atmosphère confirment que cette augmentation est majoritairement d'origine microbienne, et non le résultat d'éventuelles fuites massives liées aux énergies fossiles ou aux incendies. Des chercheurs de Boston College, cités par Eurekalert, notent que ces systèmes naturels sont encore mal représentés dans de nombreux modèles climatiques. Leur réponse rapide aux variations de température et d'humidité explique pourquoi le méthane a continué d'augmenter même lorsque certaines émissions humaines diminuaient.
Une réalité dérangeante
L'épisode du début des années 2020 met en lumière une réalité troublante : les politiques de qualité de l'air et de réduction des émissions n'ont pas toujours des effets immédiats et simples sur le climat. Comme l'a souligné l'Agence spatiale européenne dans une analyse publiée en février 2026, les surprises climatiques dépendent autant de la réaction de l'atmosphère que de la quantité de gaz émis.
Vers une meilleure compréhension
La reconstruction du bilan mondial du méthane jusqu'en 2023 indique que la récente diminution de son rythme de croissance est due à la fois au retour progressif des radicaux hydroxyles et à des conditions plus sèches liées à El Niño dans certaines régions d'Amérique du Sud. Cette variabilité rapide souligne l'importance d'un suivi constant, combinant satellites, réseaux de mesures au sol et modèles intégrant la chimie atmosphérique et le climat.
Leçons à tirer
Alors que près de 160 pays se sont engagés dans le Global Methane Pledge pour réduire leurs émissions d'ici la fin de la décennie, la leçon est claire : limiter les rejets humains est essentiel, mais il est tout aussi crucial de comprendre l'influence du climat sur les sources naturelles pour éviter de nouvelles hausses inattendues du méthane dans les années à venir.
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David Lee
Créateur de Contenu chez Sigal Industries.


