
Franck Marchis, astronome et planétologue franco-américain à l'Institut Seti, est un fervent défenseur de l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine scientifique. Selon lui, bien que l'IA offre un potentiel considérable pour faire avancer la science, elle comporte également des risques qui doivent être pris en compte. Dans un article publié sur le site de l'Institut Seti, qu'il nous a autorisé à traduire, Marchis aborde ces enjeux cruciaux.
Nous assistons aujourd'hui à l'émergence d'une réalité qui rappelle les univers imaginés par Arthur Clarke et Isaac Asimov. Si nous n'avons pas encore rencontré Hal 9000 ou des robots positroniques, les avancées en IA, en robotique et dans le développement de la toile mondiale nous rapprochent de ces visions futuristes. Cependant, cette évolution s'accompagne de préoccupations, notamment en matière de désinformation, un problème déjà bien connu dans le domaine scientifique.
Les réseaux sociaux et les technologies d'IA peuvent parfois propager des informations fausses, ce qui est particulièrement inquiétant. Par exemple, comment distinguer des images réalistes d'une comète interstellaire d'une image truquée d'une sonde extraterrestre ? Les scientifiques doivent donc se préparer à des défis sans précédent. Marchis s'interroge sur la façon de lutter contre ces dangers potentiels.
Les voix de pionniers tels que Carl Sagan et Frank Drake, ainsi que de leurs collègues Nikolaï Kardashev et Iossif Chklovski, manquent cruellement dans ce débat. Leur expertise aurait été précieuse pour aborder les enjeux soulevés par l'IA dans la recherche d'intelligence extraterrestre.
En 2023, Franck Marchis a été nommé membre de l'Académie des sciences de Californie pour ses contributions exceptionnelles aux sciences naturelles. Ce prestigieux groupe inclut d'autres éminents scientifiques de l'Institut Seti, tels que Jill Tarter et Seth Shostak.
En 2022, un incident marquant a mis en lumière les dangers de l'utilisation de l'IA dans la recherche scientifique. Un article clé sur la maladie d'Alzheimer, publié en 2006, a été découvert contenant des images manipulées. Cette révélation a compromis des années de recherche et de développement de médicaments. Ce qui est alarmant, c'est que la méthode scientifique n'est pas en cause, mais plutôt l'intégrité des données sur lesquelles elle repose.
La science ne s'effondre pas simplement parce que des théories sont remises en question. Elle s'effondre lorsque les preuves sont falsifiées. La véritable force de la science réside dans son objectivité, c'est-à-dire que les conclusions doivent découler des données et non l'inverse.
Les systèmes d'intelligence artificielle peuvent désormais générer des images et des ensembles de données qui sont statistiquement indiscernables des données humaines. Ce phénomène pose un risque majeur pour l'authenticité des preuves scientifiques. Le défi n'est pas tant que l'IA remplace les scientifiques, mais qu'elle brouille la frontière entre ce qui est réel et ce qui est fabriqué.
Imaginons qu'une crise géopolitique soit déclenchée par une image satellite. Les questions qui se poseraient alors seraient : s'agit-il d'une erreur humaine, d'une manipulation, ou d'une image générée par l'IA ? Dans un monde déjà divisé, le doute se propage plus vite que les corrections. Les preuves compromises, qu'il s'agisse d'images falsifiées ou de données erronées, ont le potentiel de détourner des domaines entiers de recherche pendant des années.
Dans ce contexte, garantir l'authenticité des données devient une nécessité, surtout pour le programme Seti. Le jour où un signal suggérant une intelligence extraterrestre sera détecté, la réaction immédiate sera le scepticisme. Les scientifiques devront se poser des questions critiques sur l'origine des signaux et leur véracité.
C'est dans cette optique que Franck Marchis a imaginé SkyMapper, un réseau distribué de télescopes et d'instruments accessible via le Web3. SkyMapper vise à rendre les observations vérifiables, qu'elles proviennent de satellites ou de potentielles technosignatures. En utilisant la technologie blockchain, SkyMapper garantit l'authenticité des données, permettant de prouver que les observations n'ont pas été modifiées.
La force de la science ne réside pas dans sa prétention à la vérité, mais dans sa capacité à protéger l'objectivité. Alors que nous continuons à explorer les mystères de l'univers, il est essentiel de veiller à ce que nos données soient intègres et vérifiables, car l'avenir de la recherche sur les civilisations extraterrestres en dépend.