
Boris Cherny, responsable de Claude Code chez Anthropic, n'a plus posé ses mains sur un clavier depuis novembre 2025. Chaque ligne de code produite provient désormais de l'intelligence artificielle qu'il a conçue. Ce n'est pas une simple retouche d'ébauche, mais bien une production autonome du code, sans aucune intervention manuelle, et ce, depuis plus de deux mois consécutifs.
Ce phénomène ne se limite pas à une simple démonstration de laboratoire. Anthropic, l'un des laboratoires en pointe dans le développement de modèles d'IA, a franchi un cap majeur : les ingénieurs ne codent plus le logiciel qui alimente leurs produits. Cherny a récemment partagé sur X (anciennement Twitter) qu'il n'avait pas écrit une seule ligne de code depuis plus de deux mois, confirmant qu'il avait livré 22 pull requests en une journée, toutes générées par Claude. Ce chiffre a suscité un vif intérêt dans le secteur.
Il est important de nuancer cette avancée. Des outils tels que GitHub Copilot ou Tabnine aident les développeurs sans les remplacer. En revanche, Claude Code fonctionne à un niveau d'abstraction différent. Il ne se contente pas d'assister le développeur ; il gère l'ensemble du projet. Cela inclut la lecture de l'intégralité du code, la planification des modifications sur plusieurs fichiers, l'exécution des tests et l'itération sur les résultats.
Dans ce nouveau contexte, le développeur définit l'objectif du projet et examine le résultat sans avoir à guider chaque étape. Claude Code devient ainsi un environnement de codage autonome. Pendant que l'IA s'attelle à la tâche, Cherny se concentre sur la conception de nouveaux projets.
Depuis le lancement de Claude Code en février 2025, l'outil a considérablement évolué. Il écrivait alors 20 % du code ; ce chiffre a grimpé à 30 % en mai, pour atteindre 100 % en novembre. Cette progression fulgurante de la productivité est impressionnante : la productivité par ingénieur chez Anthropic a augmenté de 150 %, mesurée par le nombre de pull requests et confirmée par les commits. Bien que l'équipe ait doublé de taille, la productivité par personne a également crû de 70 %.
Pour donner une perspective à ces chiffres, il convient de rappeler que Boris Cherny était auparavant responsable de la qualité du code chez Meta. Dans cet environnement, un gain de 2 % de productivité représentait une année de travail pour des centaines de développeurs. Un gain de 150 %, selon ses propres mots, est « complètement inédit ».
En décembre 2025, Cherny avait déjà constaté que, durant les trente jours précédents, 100 % de ses contributions à Claude Code avaient été rédigées par l'IA. En janvier 2026, il a confirmé que cette tendance se poursuivait et que, globalement, « pratiquement 100 % » du code chez Anthropic était également généré par l'IA. Un porte-parole d'Anthropic a cependant nuancé ce chiffre, indiquant qu'il se situe plutôt entre 70 % et 90 %.
Les ingénieurs chez Anthropic se concentrent désormais sur l'architecture, la réflexion produit et l'orchestration des agents. Ils prennent des décisions stratégiques sur la direction à donner aux projets, tandis que l'IA gère les détails d'implémentation. Cherny décrit ce changement comme une libération, permettant de se concentrer sur des tâches plus créatives.
Cependant, cette évolution a des implications sur le recrutement. Cherny explique que son équipe privilégie désormais les généralistes plutôt que les spécialistes, car de nombreuses compétences en programmation deviennent moins pertinentes. Les offres d'emploi pour des développeurs débutants ont diminué, même si le lien de causalité n'est pas encore clairement établi.
À l'échelle de l'industrie, l'adoption de l'IA dans le développement logiciel progresse à un rythme différent. Microsoft estimait en avril 2025 que l'IA générait environ 30 % de son code, un chiffre similaire à celui de Salesforce. Une étude publiée dans la revue Science en janvier 2026 a révélé que 29 % des fonctions Python sur GitHub étaient désormais écrites par l'IA, avec des gains de productivité de 3,6 % concentrés sur les développeurs expérimentés.
Cependant, le récit d'Anthropic n'est pas sans défauts. En mars 2026, une fuite de code source a permis d'examiner la qualité du code généré par Claude. Les 64 464 lignes de TypeScript révélées comprenaient des erreurs et des problèmes connus, soulignant les limites de l'IA. Ainsi, bien que la vitesse de développement soit impressionnante, la dette technique reste une préoccupation.
Les données montrent que les utilisateurs accordent de plus en plus d'autonomie à Claude Code à mesure qu'ils gagnent en expérience. Les nouveaux utilisateurs activent le mode d'approbation automatique dans environ 20 % des cas, mais ce chiffre dépasse 40 % après 750 sessions. Cela indique une confiance accrue dans l'IA, mais cette confiance est acquise progressivement et avec des tensions.
Cela fait de Claude Code un acteur notable, représentant désormais 4 % des commits publics de code dans le monde. Ce chiffre peut sembler modeste, mais il était nul il y a un an, et Cherny prévoit qu'il atteindra 20 % d'ici fin 2026. Ce qui se passe chez Anthropic n'est pas le futur du développement logiciel, mais son présent le plus avancé, avec toutes les contradictions que cela implique : une productivité inédite et du code qui, parfois, ne répond pas aux standards traditionnels.
Alors que l'IA continue de transformer le paysage du développement logiciel, il est crucial de rester vigilant face aux défis qu'elle pose. Anthropic ouvre la voie avec Claude Code, mais la question demeure : quel sera l'impact à long terme sur les développeurs et l'écosystème technologique ?