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La Science sous le Regard Critique d'Yves Gingras

David Lee28 février 2026sci-tech
La Science sous le Regard Critique d'Yves Gingras

La Science au Coeur de la Réflexion

Vive la science, clame Yves Gingras, tout en mettant en avant l'importance d'une critique éclairée. En toute honnêteté, je dois avouer que mes connaissances sur les sciences naturelles sont limitées. J'ai réussi mes cours au secondaire, mais à l'exception de la biologie, aucune autre matière ne m'a véritablement captivé. En y réfléchissant, j'en ai conclu que c'était en grande partie dû à la manière dont ces sciences m'avaient été enseignées : d'une façon froide et désincarnée, sans lien avec le contexte historique et social.

Je m'intéressais au sort de l'humanité, tandis qu'on me demandait de manipuler des équations. Par exemple, en cours de physique, le concept du Big Bang ne m'a jamais été abordé. Ces leçons semblaient davantage destinées à une sélection scolaire qu'à susciter notre curiosité pour la réalité. Je préférais alors la lecture, un domaine presque totalement absent des cursus scientifiques au secondaire et même au collégial, qui m'a permis d'éveiller un certain intérêt pour les sciences.

Les Sciences Humaines et Sociales : Une Passerelle vers la Compréhension

Les disciplines telles que l'histoire, la sociologie, la psychologie, l'économie et la philosophie m'ont passionné. En lisant des ouvrages en sciences humaines et sociales, j'ai parfois ressenti que mes lacunes en sciences naturelles limitaient ma compréhension du monde. Dans son livre La passion du réel (Liber, 1998), Laurent-Michel Vacher affirmait que des connaissances scientifiques de base sont indispensables pour une pratique sérieuse de la philosophie, un point de vue qui m'a convaincu.

J'ai découvert Darwin, Stephen Jay Gould, Alan F. Chalmers et Hubert Reeves avec un réel plaisir. J'ai été particulièrement impressionné par Les héritiers de Prométhée (PUL, 1998), un livre où l'astrophysicien Jean-René Roy explore la profonde transformation de la nature et de l'homme apportée par la science, ainsi que ses implications sociales et morales. J'ai également lu Yves Gingras, un historien et sociologue des sciences, qui, après avoir obtenu une maîtrise en physique, a réussi à marier les sciences naturelles et humaines avec talent.

Yves Gingras : Un Éclaircissement Nécessaire

Gingras est un véritable savant qui excelle dans l'art de la communication, qu'elle soit brève ou élaborée. Il ajoute une touche de polémique à ses écrits tout en réussissant à éclairer ses lecteurs sans les ennuyer. En 2008, lors de la publication de Parlons sciences (Boréal), un livre d'entretiens avec Yanick Villedieu, je l'avais qualifié de « monsieur Science » du Québec, une appellation qui demeure pertinente aujourd'hui.

Dans son ouvrage Les sciences sous ma loupe (Boréal, 2026, 344 pages), Gingras a rassemblé 70 chroniques, principalement parues dans la revue française Pour la science. L'historien précise qu'il ne s'agit pas de vulgarisation scientifique, mais de critiques de science, semblables à celles que l'on trouve dans la critique littéraire. Ces analyses visent à mieux comprendre comment les scientifiques établissent des connaissances robustes, tout en évaluant leurs limites.

Un Scepticisme Sain

Gingras valorise la science, mais plaide également pour un scepticisme sain concernant sa pratique. Selon lui, la science est une activité qui cherche à expliquer les phénomènes par des causes naturelles. La connaissance qui en découle est une « croyance vraie et justifiée », pour reprendre les mots de Platon, validée par des méthodes accessibles à tous, indépendamment du sexe ou de l'origine ethnique. « Les sciences, souligne Gingras, visent l’universalité. » Ainsi, il n’est pas pertinent de parler de science occidentale, autochtone ou décolonisée ; la science ne peut être que vraie ou fausse.

La Science et la Vérité

Dans cette même logique, la science ne doit pas se plier aux diktats du « respect des croyances ». Galilée aurait-il dû se taire après avoir prouvé que la Terre tourne autour du Soleil ? Faut-il abandonner l'enseignement de la théorie de l'évolution parce qu'elle offense certains groupes religieux ? Accepter cela reviendrait à compromettre la science. Gingras cite des enquêtes montrant que plus la croyance religieuse est forte, moins la connaissance des faits scientifiques et la confiance envers la science sont élevées.

Bien que ne pas être religieux ne fasse pas de quelqu'un un scientifique, une forte implication religieuse semble constituer un obstacle à cette voie. Cependant, Gingras souligne que les scientifiques ne sont pas toujours exempts de reproches. Il les prend parfois en flagrant délit de non-respect des données probantes lorsque leurs intérêts sont en jeu, met en lumière les angles morts des revues scientifiques, ainsi que la compétition pour les publications et les citations, et conteste avec vigueur les classements douteux des universités.

Conclusion

Vive la science, répète Gingras à chaque page, tout en rappelant que sa critique éclairée est également nécessaire. La science est intrinsèquement humaine, et il est essentiel de maintenir un dialogue constructif sur sa pratique et ses implications.

Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui promeut une pluralité de voix et d'idées. En tant que chronique, il reflète les valeurs et la position de son auteur, non nécessairement celles du Devoir.

Author

David Lee

Créateur de Contenu chez Sigal Industries.

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