
Une équipe de chercheurs de l'Université de Stanford a réalisé une avancée significative dans la compréhension du vieillissement et de l'espérance de vie. Grâce à l'intelligence artificielle et à l'analyse de milliards d'images, ils ont découvert que les habitudes quotidiennes d'un individu peuvent fournir des indications précieuses sur son évolution biologique.
Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont étudié 81 exemplaires de killifish turquoise africains, un poisson dont la durée de vie ne dépasse généralement pas quelques mois. Ce modèle leur a permis d'observer un cycle complet de vieillissement sur une période relativement courte.
Les scientifiques ont enregistré en continu chaque mouvement de ces poissons, depuis le début de leur âge adulte jusqu'à leur mort naturelle. En utilisant des algorithmes d'apprentissage automatique, ils ont analysé des milliards d'images pour identifier des motifs récurrents dans l'activité quotidienne.
Comme l'a rapporté Science Focus, cette approche a démontré que le comportement peut être un indicateur fiable et non invasif du processus de vieillissement. La publication scientifique, parue dans Science, détaille l'ampleur de cette analyse innovante.
Les chercheurs ont réussi à identifier près d'une centaine de séquences comportementales élémentaires, similaires à des unités de base. En combinant ces données, ils ont pu reconstituer des trajectoires individuelles et les comparer tout au long de leur vie.
Les résultats montrent que les différences comportementales apparaissent très tôt. Entre 70 et 100 jours, les poissons destinés à une vie plus longue présentent déjà un profil distinct de ceux qui mourront prématurément. Cette divergence ne s'explique pas par un simple paramètre isolé, mais plutôt par une combinaison cohérente d'habitudes quotidiennes.
Le sommeil joue un rôle crucial dans cette dynamique. Les individus les plus robustes dorment principalement la nuit, tandis que les poissons à courte longévité montrent une tendance à multiplier les phases de repos durant la journée dès l'âge adulte précoce.
L'activité physique s'avère également être un marqueur clé. Les sujets les plus actifs nagent de manière vive et spontanée pendant la journée, et ils présentent une probabilité plus élevée de vivre plus longtemps.
Grâce aux modèles prédictifs développés, quelques jours d'observation au milieu de la vie suffisent pour estimer l'issue future des poissons. Les analyses génétiques réalisées par la suite révèlent que les animaux à longue vie présentent des modifications dans des voies métaboliques et ribosomales, sans activation marquée des mécanismes inflammatoires souvent associés au vieillissement.
L'étude met également en lumière un aspect inattendu du vieillissement : ce processus ne progresse pas de manière parfaitement continue. Les trajectoires comportementales montrent des périodes de stabilité relativement longues, suivies de transitions rapides vers un nouveau stade. Ainsi, le temps biologique semble structuré en étapes successives plutôt qu'en pente douce.
Ces observations ne se limitent pas à l'univers des killifish. Les chercheurs suggèrent que certains comportements prédictifs pourraient être observés chez d'autres vertébrés. À l'heure où les montres connectées mesurent en permanence activité et sommeil, il devient plausible d'utiliser ces données comme indicateurs indirects de l'espérance de vie.
Le défi ne se limite pas à prédire une durée théorique de vie. Il s'agit de comprendre où se situe un individu sur sa trajectoire biologique réelle. Une analyse approfondie des rythmes quotidiens ouvre ainsi une nouvelle perspective sur le vieillissement et sur la manière dont il pourrait être suivi, interprété, et potentiellement modulé tout au long de la vie.
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