
Alors que les États-Unis réduisent leur budget de recherche, la Chine s'engage dans des investissements massifs qui pourraient faire d'elle le plus grand financeur mondial de la science dans un avenir proche. Lors du dernier congrès du Parti communiste, qui s'est tenu à la mi-mars, plusieurs secteurs prioritaires ont été identifiés, notamment les technologies quantiques et l'intelligence artificielle, avec pour objectif de devenir un leader mondial dans ces domaines.
Le 13 mars dernier, la Chine a dévoilé son 15e Plan quinquennal pour la période 2026-2030, qui prévoit un budget gouvernemental de 62 milliards de dollars pour la recherche scientifique en 2026, marquant une augmentation de 10 % par rapport à 2025. Ces chiffres témoignent d'un engagement clair envers le développement scientifique.
Une analyse menée par des chercheurs californiens pour le compte de Nature Index, une base de données compilant des informations de nombreuses revues scientifiques renommées, prévoit qu'à ce rythme, le financement public de la recherche et développement (R&D) en Chine pourrait dépasser celui des États-Unis « dans deux à trois ans ». Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont occupé la première place, mais la montée en puissance de la Chine se fait désormais sentir.
En 2023, la Chine a déjà surpassé les États-Unis en tant que plus grand contributeur aux 82 revues scientifiques dites de « haut niveau ». Cependant, il est important de noter que, si l'on considère la recherche fondamentale, la Chine n'atteindra le niveau des États-Unis qu'en 2035, selon les projections des chercheurs. Ces derniers estiment que cela dépendra de la stabilité des dépenses américaines en recherche fondamentale, actuellement évaluées à environ 120 milliards de dollars contre 62 milliards de dollars pour la Chine.
Si les coupes budgétaires proposées par la Maison-Blanche, qui n'ont pas encore été acceptées par le Sénat, se concrétisent, la Chine pourrait rattraper les États-Unis plus rapidement. La recherche fondamentale est essentielle, car elle constitue le point de départ des avancées scientifiques et technologiques. Les investissements massifs des États-Unis dans ce domaine depuis les années 1940 ont été un facteur déterminant de leur position de leader en science et technologie, contribuant également à leur croissance économique.
Selon la chercheuse américaine en économie politique Meghan Ostertag, « l'intérêt accru de la Chine pour la recherche fondamentale et appliquée fait partie de la grande stratégie du gouvernement chinois visant à devenir le leader mondial, tant sur le plan économique que politique ». Cela souligne l'importance d'une collaboration internationale dans la recherche.
La revue Nature met également en avant que les deux pays sont confrontés à des défis. En Chine, la plupart des recherches de qualité sont désormais réalisées sans collaboration internationale, tandis qu'aux États-Unis, le pays fait face à un déclin des inscriptions d'étudiants étrangers dans ses universités, en raison des politiques d'immigration restrictives et de l'incertitude budgétaire actuelle.
La dynamique actuelle entre les États-Unis et la Chine en matière de recherche scientifique et de financement pourrait redéfinir le paysage mondial de l'innovation. La prise de conscience des investissements chinois dans le domaine scientifique souligne l'importance de la vigilance et de la stratégie face à cette montée en puissance.